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Zhong Yuan Jie, le Mois de l’Esprit Affamé : un Halloween à l’asiatique

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Halloween fait parler pour bien de raisons – les uns sont pour son côté fun, ses masques et décorations, contrastant totalement l’ambiance gentille de Noël. Les autres s’énervent contre l’engouement commercial, vu que la fête ne s’installe en France définitivement que vers la fin du vingtième siècle. Bien entendu, derrière tout ça, on trouve également un bout de ressentiment pour tout ce qui vient des contrées anglophones, avec toute sa panoplie de démons, âmes errantes et autres sorcières. On oublie facilement les traditions d’origine celte, celles-ci bien de “chez nous” finalement.

Une fête qui a su s’imposer

Les origines de cette fête païenne et celte semblent oubliées depuis longtemps : la saison chaude se terminait, l’hiver s’annonçait. Avec son froid, son lot de maladie, l’obscurité hivernale et ses nuits longues, cette période n’était pas vraiment joyeuse pour nos ancêtres. Il était alors facile d’attribuer cette période sombre au règne des êtres maléfiques.

Halloween c’était du sérieux avant, nos ancêtres préparaient des offrandes, des rites avaient lieu pour apaiser et chasser les mauvais esprits, surtout pour assurer que la période de l’hiver se passerait sans trop d’ennuis.

Fait intéressant, même l’arrivée de la chrétienté n’a pas réussi à supplanter Halloween, bien que païenne. Superstition ou autre chose ? Le fait est que l’église décide d’instaurer la Toussaint le jour suivant, et, pour faire l’équilibre, établit le Jour des Mort (pour faire correct aux yeux de la Chrétienté).

Aujourd’hui, c’est différent, on ne craint plus l’hiver avec son lot de maladies et de froid. Du coup avant d’arriver au côté formel et magique de Noël, on s’amuse, on rigole et on joue à se faire peur : on offre des sucreries aux tout petits et on endosse le temps d’une soirée les tenues qu’on ridiculise et qu’on évite soigneusement pendant le restant de l’année.

Le festival Zhong Yuan Jie à Singapour

De l’autre côté du globe, en Asie, et donc à Singapour aussi, les religions, les traditions et les coutumes sont bien plus en phase avec cette partie intégrante de l’existence humaine. La Ville-Etat, tel un microcosme, s’imprègne de cette philosophie grâce à sa population chinoise, qui vit et perpétue la culture du respect des ancêtres au jour le jour. Mêlé quand même à un petit chouïa de crainte, faut bien le dire – ceux qui ne sont pas morts de façon« correcte » sont sensés apporter maladies et accidents à leurs descendants encore en vie. Du coup, contrairementà la religion chrétienne et la toussaint qui ne dure qu’un seul jour, ici, dans la tradition bouddhiste et taoïste, on leur consacre un mois complet : Zhong Yuan Jie – le Festival ou le Mois de l’Esprit Affamé*.
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* La traduction correcte parle plutôt des fantômes affamés, mais il s’agît bien des esprits errants qui n’arrivent pas à trouver leur chemin au Paradis. Ils ne prennent une forme fantomatique que dans de très rares cas, pendant ce mois des morts, habituellement sur des routes ou d’autres lieux hantés ou abandonnés, si l’on croit les croyances locales.

On se fait poursuivre par des Esprits Affamés pendant un mois entier ?

Singapour abriterait plusieurs routes particulièrement hantées pendant ce mois funeste. Si, si, aux dire des locaux, il y a des routes de Singapour qui seraient plus particulièrement propices aux rencontres avec des esprits errants que d’autres. Ainsi, en empruntant les routes Lim Chu Kang, Punggol, Old Upper Thomson, Mount Pleasant, Yio Chu Kang, Tampines, ou South Buona Vista, en fin de journée, vous êtes censé vivre des rencontres surprenantes. A réserver aux cœurs bien accrochés !

C’est pendant le mois de l’Esprit Affamé que vous remarquerez un certain nombre de choses inattendues dans la rue, peut-être même dans votre voisinage. Rassurez-vous, rien d’extraterrestre ou immatériel ! Bien de ce monde, des boîtes métalliques noires apparaissent çà et là dans les rues. Vos voisins chinois viendront y brûler des offrandes en papier. A proximité, des plats spécialement conçus font leur apparition, sur des autels de fortune posés pour cette occasion.

Pourquoi ces Esprits sont-ils affamés ?

Non, ils ne vont pas vous poursuivre pour vous manger le cerveau (enfin, non, ça ce sont les zombies, pardon !). Restons sérieux : selon les traditions taoïste et bouddhiste la plupart des gens traversent gentiment de l’autre côté, continuent dans l’au-delà vers des horizons plus rayonnants et cléments – ils sont vénérés, et chéris, aimés et respectés par leurs descendants.

En revanche, selon ces mêmes religions (ou philosophies si vous préférez), il existe des gens qui, pour diverses raisons, ne méritent pas ou ne réussissent pas ce « passage ». Souvent, ils ont fait quelque chose de mauvais (ou l’étaient tout bêtement). Quelquefois (selon les croyances locales) la famille ne les respecte pas assez (ce qui équivaut à une aide transcendantale et spirituelle), ou bien, ils se sont simplement perdus en chemin.

Stairway to Heaven Coming from Hell. Success Concept.

L’enfer pour les « perdus »…

Quelle que soit la raison de cet intermède, ces gens restent bloqués dans un lieu plutôt horrible. Ce lieu, l’Enfer, fait partie intégrante du paysage chinois. Rappelez-vous de Haw Par Villa, ce parc qui propose une vision colorée et plutôt étonnante et inattendue de l’enfer !  En bon occidental, ce genre d’attraction peut vous sembler complètement bizarre, non ? Pourtant, ceci n’est qu’une façon bien d’ici de faire exactement ce que faisaient les fresques dans certaines des églises Occidentales qui, elles aussi, dépeignent la descente en l’enfer.

De l’argent brulé pour leur ouvrir les portes du paradis

Pour en revenir à nos esprits, ils sont bien tourmentés en enfer et ce n’est pas vraiment une partie de plaisir. Mais contrairement aux âmes chrétiennes, l’enfer est quand même un peu plus clément pour  les esprits de la région – pendant tout le septième mois du calendrier lunaire, les portes de l’Enfer sont ouvertes, permettant aux défunts de retourner sur terre pour visiter leurs proches. Bien entendu, ils ont envie de tout : de mets parfumés, que les locaux déposent sur des autels improvisés, sous les arbres ou même dans les coins de la rue. Les offrandes ne se limitent pas à la nourriture uniquement. Il existe également de l’argent spécialement conçu pour les morts – les locaux les brûlent dans des petits boîtiers noirs déposés un peu partout dans les rues. Cet argent ainsi envoyé servira aux défunts à payer le droit de passer au Paradis. On y brûle également un tas d’autres choses appréciés par les défunts bien aimés, des imitations de l’or ou des objets personnels (allant même jusqu’aux répliques de voitures luxueuses et de villas !!!) découpés en papier, carton ou fabriqués en papier-mâché.

Argent brulé pour le Hungry Ghost Chinese Festival

Des rituels ouverts à tous

Si vous vous attendez à de la rigolade mélangée aux frayeurs bon enfant, la réponse est non ! Les défunts qui n’ont pas pu passer au Paradis sont plutôt craint – ils sont soupçonnés d’apporter la malchance ou des maladies, le malheur en un seul mot. Du coup, il faut leur montrer le respect et les apaiser en même temps. Le peuple chinois aide ses morts à la force des prières, mais aussi matériellement.

Les offrandes ne font qu’une partie des festivités. En même temps, des rituels religieux se mêlent à des concerts et d’autres célébrations qui ont lieu à Chinatown ou dans le temple Lorong Koo Chye Sheng Hong. Les récitals musicaux, composés de chants et de danses ont régulièrement lieu, devant un public attentif. Ces “shows”, les Getai, étaient composés de chants populaires et d’extraits de l’opéra Chinois. Désormais, il vous sera possible d’assister au mix de pop Mandarin, de groove techno, le tout dans la bonne humeur, car ainsi on fête les ancêtres.

Vous voulez voir mais vous n’osez pas assister ? Pas de soucis, on ne vous regardera pas de travers, vous êtes le bienvenu ! En revanche, il ne faut absolument pas s’asseoir au premier rang – ces chaises vides sont habituellement réservées pour les défunts.

Tout y est coloré, différent, pittoresque, mais en même temps, on est, bien évidemment, loin de la légèreté joyeuse d’Halloween à l’Occidentale.

Le Jour des Morts

Le Jour des Morts marque le moment de l’ouverture des portes de l’Enfer, du Paradis et du Monde des Vivants. Ce jour-là, les esprits peuvent atteindre le Paradis, ou bien retourner à l’Enfer, après leur visite au monde de leurs descendants. Des rituels Taoïstes et Bouddhistes ont lieu – afin d’aider cette transmutation et absoudre les peines des défunts.

Ce jour n’est jamais fixe – il dépend du calendrier lunaire, ainsi, par exemple, en 2020, c’était le 2 septembre. De même, l’ouverture des Portes de l’Enfer, qui marque le début du septième mois lunaire, s’est déroulée le 19 août cette année.

Insolite, curieux, … et mode de vie

C’est en quelque sorte inscrit dans l’ADN du monde asiatique – cette relation étroite avec le monde funèbre, plutôt ignoré et fui par les peuples occidentaux. Vous découvrirez, dans le folklore Chinois, plusieurs célébrations de la mort et des défunts. Fait surprenant : bien qu’on soit convaincu des origines chinoises de ces célébrations, leurs origines se perdent en réalité quelque part en Inde ! D’ailleurs, si vous faites des recherches, vous tomberez sur des surates expliquant les rites. La plupart des rites et des célébrations asiatiques miment ou reproduisent ces rituels archaïques.

A Singapour, ce 7ème mois lunaire changent les habitudes des locaux : vos voisins chinois s’enferment chez eux au coucher du soleil, évitent d’aller à la piscine, évitent de déménager, ou, tout bêtement de commencer un nouveau business… C’est seulement une fois que ce Festival des Morts est passé, que la vie normale reprend pour eux, et ça se traduit également dans les pratiques d’affaires.

Du coup, apprendre un peu plus sur cette tradition, c’est faire également un pas vers l’immersion et la compréhension de la culture et l’esprit oriental.

Aujourd’hui, Singapour partage fièrement cette tradition avec ses visiteurs. Vous en apprendrez plus (y compris sur les dates à venir), en vous rendant sur le site de l’Office de tourisme.

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